Les Chroniques du guide conférencier

Tous les mois retrouvez une anecdote, un fait insolite, par Philippe Cantarel, le guide conférencier de l’Office de Tourisme. Grâce à lui, vous traverserez les deux mille ans d’Histoire fréjusiens différemment.

Février 2017

CENTENAIRE DE LA MORT DE CAROLUS DURAN

 Charles Émile Auguste Durand, dit Carolus Duran, est né le 4 juillet 1837 à Lille et mort le 17 février 1917 à Fréjus. Parfois qualifié de peintre mondain, c’est l’un des portraitistes les plus appréciés de la haute société de la troisième république.

C’est en 1853, lorsqu’il arrive à Paris qu’il prend alors le pseudonyme de « Carolus Duran ».

Fils d’hôtelier Lillois, il suit les cours de l’Académie de Charles Suisse de 1859 à 1861. Il est influencé au début de sa carrière par le réalisme de Gustave Courbet, qu’il rencontre et se lie d’amitié avec Édouard Manet et Henri Fantin-Latour.

De 1826 à 1886, il voyage à Rome et en Espagne. Son style en est transformé et il sera influencé dorénavant par Vélasquez. Il épouse Pauline Croizette, pastelliste et miniaturiste, qui pose pour « la Dame au gant » en 1869, (Paris, Musée d’Orsay). C’est ce tableau qui fera la célébrité de Carolus Duran. Leur fille aînée Marie-Anne épousera Georges Feydeau.

De 1889 à 1900, il est membre du jury de chaque exposition universelle. Cofondateur avec Puvis de Chavannes de la société nationale des beaux-arts, membre de l’Académie des beaux-arts et bien que n’ayant jamais obtenu le prix de Rome, il est nommé directeur de l’Académie de France à Rome, Villa Médicis.

À Fréjus, dans le quartier de Saint-Aygulf, il se fait construire une villa, par l’architecte Marseillais, installé à Saint-Raphaël, Henri Lacreusette, (architecte également de la Villa Aurélienne en 1889). Il y recevra ses amis dont Sarah Bernhardt. Il sera présent lors de la pause de la première pierre de la Chapelle de Saint-Aygulf en 1898, chapelle réalisée également par Henri Lacreusette, chapelle à qui il offrira deux toiles « La Mise au Tombeau » 1882 et « La Mort du Christ » 1899, (visibles lors des visites commentées de l’Office de Tourisme). Il deviendra en 1908 le premier président du Syndicat d’Initiatives de Saint-Aygulf. Une place et une calanque porte son nom, dans ce quartier.

Dans son atelier parisien, il aura comme élève John Singer Sargent, qui gardera toujours une très grande considération pour lui.

Émile Zola écrira : « Seulement Carolus-Duran est un adroit ; il rend Manet compréhensible au bourgeois, il s’en inspire seulement jusqu’à des limites connues, en l’assaisonnant au goût du public. Ajoutez que c’est un technicien fort habile sachant plaire à la majorité ». Pas forcément que des compliments !

Il repose dans le cimetière Saint-Léonce à Fréjus avec sa femme Pauline et son fils Pierre Carolus Duran.

Janvier 2017

REMPART MODERNE

(Place Clémenceau)

Quel drôle de nom pour un rempart du XVIème siècle.

L’époque moderne couvre l’époque historique commençant à la fin du Moyen Âge, généralement placée en 1453, (chute de Constantinople) ou en 1492, (découverte des Amériques par Christophe Colomb). Selon les historiens français cette période s’arrête avec la révolution française en 1789, (début de la révolution), ou 1792, (proclamation de la Première République).

Dès 1542, dans un ordre de portée générale, François 1er avait exprimé sa volonté de voir les villes se fortifier. En 1557, sur l’invitation du comte de Tende, Claude de Savoie, gouverneur de la province, la communauté décida de fortifier la ville en y comprenant la Bourgade.

Les menaces de la piraterie turque et les émeutes des « guerres de religion » démontrèrent l’urgence de la construction. Le 8 novembre 1564, Charles IX accorda (ou plutôt Catherine de Médicis, sa mère, régente à l’époque, il n’avait que 14 ans), à la communauté le droit d’enclore la ville de murailles. Les travaux s’étalèrent sur plus de 20 ans. L’achèvement survint, vers 1588, alors que la Valette, lieutenant général du roi, hâtait les préparatifs des villes côtières en prévision d’un soulèvement de la Ligue, (nom donné pendant les guerres de religion à un parti de catholiques). La muraille nouvelle entourait la vieille citée et la Bourgade, (petit bourg), d’un périmètre de 1500 mètres. Huit portes ou portalets assuraient la communication avec l’extérieur. Ces murailles, constitués d’un blocage dépourvu d’appareil et renforcées de tours, rondes ou ouvertes à la gorge, (c’est une tour dans laquelle la partie inférieure à une fortification, à l’abri des attaques extérieures n’est pas entièrement construite. Ainsi, à supposer que des assaillants aient pris pied à l’intérieur d’une forteresse et occupent la tour en question, ils pourraient être pris à revers par les défenseurs résistant à l’intérieur de cette forteresse), avaient une fonction de police plus que de défense, avec 1,50 mètre d’épaisseur à la base, elles n’auraient pas résisté longtemps aux armements de cette époque. Ces murs ou « barris », permettaient un contrôle des entrées et des sorties, offraient une protection contre les attaques surprises des pirates ou des soldats incontrôlés, ainsi qu’une barrière en temps de peste ou de disette.

Remparts modernes

Décembre 2016

EMMANUEL-JOSEPH SIEYÈS

« Monsieur l’abbé ou Monsieur le Comte »

Au pied du rempart du XVIème siècle, place Clémenceau, vous avez une œuvre contemporaine, due à la sculptrice Polska, réalisée en 1989. La statue est en bronze et représente Emmanuel-Joseph Sieyès, en habit de Consul. Les pierres représentent les tables de la constitution et sont en ardoise verte de Toscane.

Fils d’un receveur des droits royaux et de directeur des postes de Fréjus. Né le 3 mai 1748, il fait ses études à Draguignan, puis à Paris au séminaire de Saint-Sulpice. Ordonné prêtre en 1774. Il obtint la charge de chapelain de Madame Sophie de France, fille de louis XV et fut nommé vicaire général de Chartres. On le voit souvent à Paris où il fréquente les loges maçonniques.

Il accède à la célébrité avec une brochure de propagande révolutionnaire intitulée : qu’est ce que le tiers état ? Publiée en janvier 1789 et dans laquelle on peut lire : « Qu’est ce que le tiers états ? Tout. Qu’à-t-il été jusqu’à présent ? Rien. Que demande-t-il ? À devenir quelque chose ». Texte fondateur de la révolution française.

Député du Tiers état aux États généraux, il propose le 17 juin 1789, la transformation de la Chambre du Tiers état en assemblée nationale. Il rédigera le serment du jeu de paume et travailla à la rédaction de la constitution.

Il propose de multiples réformes : mode de répartition des impôts, création des gardes nationales, division de pays en département, réorganisation judiciaires, etc… Le 10 août 1789, il défend la Dîme qui sera supprimée le lendemain, ce qui lui fera dire cette phrase restée célèbre, « Ils veulent être libre mais ne savent pas être juste ».

Directeur du Directoire en 1799, il prépare le coup d’état du 18 brumaire (9 novembre 1799), qui marque le début du Consulat. Il sera Consul provisoire avec Bonaparte et Ducos. Il est nommé Comte d’ Empire en mai 1808. Également Sénateur, il devint Président du Sénat.

Académie Française de 1803 à 1816, fauteuil 31, (celui de Jean Cocteau). Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Il se voit exilé après Waterloo comme régicide et se retire alors à Bruxelles. La révolution de juillet lui permettra de regagner Paris, ou il mourra six ans plus tard, (1836).

Un portrait de lui, réalisé par Jacques-Louis David en 1817, se trouve au Fogg Art Muséum de Cambridge.

Sieyes

Novembre 2016

MOSQUEE OU TATA ? 

Le 29 octobre 1915, le général Gallieni est nommé ministre de la Guerre et va par la suite créer les « Camps du Sud-Est » à Fréjus en 1916. Les tirailleurs Sénégalais rejoindront ces camps au fil de l’hiver 1916-1917.

Dès 1928, les militaires, commandés par le colonel Lame, imaginent de construire une « Missiri », (mosquée en langue Bambara), pour les Troupes Coloniales, afin que les soldats de l’Empire ne se sentent pas trop isolés, à l’extérieur de leur pays d’origine. L’initiative du projet revient au Major Abdel-Kader Mademba, fils du roi du Soudan. Il y avait à l’époque 32000 Sénégalais à Fréjus alors que la ville comptait 7800 habitants.

Le Major Mademba, disait vouloir: « donner au tirailleurs noir l’illusion, la plus fidèle possible, de la matérialisation d’un cadre analogue à celui qu’il a quitté, qu’il y retrouve le soir, au cours de palabres interminables, les échos du « tam-tam » se répercutant contre les murs d’une construction familière, évocatrice de visions susceptibles d’adoucir la sensation d’isolement dont il est parfois atteint, le placer en quelques sorte, dans une ambiance natale ».

Construite à partir de 1928, l’architecture est de type soudanaise, pays où les édifices étaient construits en Banco. On trouve également à proximité de fausses termitières.

Classé Monument Historique en 1987, c’est un dès premiers monuments à avoir été construit en béton armé dans la région.

Cet édifice n’est pas une mosquée, même si l’architecture s’inspire des mosquées Maliennes, comme la Missiri de Djenne. Il n’y a pas de salle de prière, pas de Mihrab, pas de Minaret et pas de point d’eau pour les ablutions, il y a également des peintures murales à l’intérieur, restaurées par le peintre sénégalais Sisko en 2000, l’année où la Missiri a été rénovée. La plupart des Tirailleurs étaient d’ailleurs Animistes.

On pourrait parler ici de « Tata », ancienne fortification d’Afrique de l’ouest, « Enceinte de terre sacrée ».

« Voilà, tu es, pour écarter au loin l’ennemi, debout, le tata » – phrase du poète-président sénégalais Léopold Sédar Senghor.

Elle est la propriété du Ministère de la Défense. C’est le Musée des Troupes de Marines de Fréjus qui est chargé de la sa garde.

Mosquée Missiri

Octobre 2016

MARC ANTOINE MADELEINE DESAUGIERS

 Né le 17 novembre à Fréjus et mort le 9 août 1827 à Paris, il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (division 22).

Chansonnier et vaudevilliste, Chevalier de la Légion d’Honneur.

Le monument qui lui est consacré sur la Place Paul Vernet avait d’abord été attribué au Docteur Grisolle. En 1943, les bronzes de ce monument sont fondus par le régime de Vichy et la municipalité place sur la stèle de 1899, resté vide, le buste de Désaugiers qui était au par avant sur la place de la Liberté, réalisé par le marbrier Oreste Bardi en 1902, on peut lire sur la stèle, A.KARL – Architecte et JERMINI – Entrepreneur.

Fils du compositeur Marc-Antoine Désaugiers (Fréjus 1739 – Paris 1793), qui l’amena au Collège Mazarin à Paris, encore enfant. Sa famille le destinait à l’état ecclésiastique, mais il abandonna cette carrière pour suivre celle du théâtre. Par la suite c’est surtout par ses chansons qu’il a pris rang parmi les auteurs les plus renommés dans la poésie légère.

Il est l’équivalent pour son siècle de Charles Trénet pour le XXème siècle.

Il est patent qu’en 1967, Jacques Lanzman s’est fortement inspiré du premier tableau de Paris à cinq heures du matin de Désaugiers pour le texte de la chanson «  il est cinq heures Paris s’éveille…(1802) », immortalisée par la musique de Jacques Dutronc et Anne Segalen.

En 1809, Désaugiers, lance à Paris la célèbre chanson, « Bon voyage Monsieur Dumollet. Cet air à succès est repris entre autres pour l’air du Carnaval de Dunkerque, accompagnée aux fifres.

Il est nommé par Louis XVIII, en 1816, à la direction du Théâtre du Vaudeville à Paris.

Membre de la Loge parisienne de la Parfaite Réunion, il est l’auteur de chansons maçonniques.

Desaugiers statue

 

Septembre 2016

THOMAS JEFFERSON

Sur la façade de l’Hôtel de Ville de Fréjus, à droite de l’entrée, ce trouve une plaque offerte par la Ville de Fredericksburg en Virginie, ville jumelle de Fréjus.
Pour les 25 ans, (juillet 2005), de jumelage, la ville américaine a voulu commémorer le passage de Thomas Jefferson à Fréjus le 9 avril 1787.

Thomas Jefferson est né le 13 avril 1743 à Shadwel, Virginie. Il va parfaire sa culture classique, apprendre les sciences naturelles et l’histoire auprès du révérend James Maury à Fredericksburg.

Il est le principal auteur de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis en 1776.
Il succèdera à Benjamin Franklin en tant qu’Ambassadeur en France en 1785, jusqu’en août 1789.

Troisième Président des Etats-Unis en 1801, il le restera jusqu’en 1809.
Fréjus a constitué une étape décisive au cours du voyage de Thomas Jefferson entre 1787 et 1789 en France. La ville est officiellement inscrite comme site d’exception dans ses écrits.

Il devint l’ami de la France dans sa quête de justice et de liberté et n’eut de cesse, toute sa vie durant, de promouvoir notre pays, il disait « Tout homme à deux pays, le siens et la France ».
Amateur de vins des plus éclairés, pionnier de la viticulture, il a parcouru en calèche les vignobles du nord de l’Italie et de la France. Un voyage de découverte œnologique, mais aussi un véritable voyage d’étude pour percer les secrets des vins d’Europe.

Son itinéraire œnologique le menant de Marseille à Nice (1787 – 1788), il y goutte les vins de Bellet d’André Sasserno, son fils approvisionnera la cave de Monticello, demeure de Thomas Jefferson près de Charlottesville en Virginie, jusqu’en 1819.
Ouvrage de référence «  The Wines and Travels of Thomas Jefferson », auteur : James M. GABLER – 1995

Thomas Jefferson fréjus

 

Août 2016

L’HERMÈS DE FRÉJUS

En 1970, à l’occasion de sondages de reconnaissance au Clos de la Tour, alors propriété de Madame Pelloux-Gervais, Michel Janon, ingénieur de recherche au CNRS, fit surgir de terre un buste bicéphale en marbre de Carrare, Hermès le Bienfaisant (Akakésios), du nom du dieu grec pour le quel ce type de représentation a été créé dans l’art grec du VIème siècle avant J.C. Génie du tas de pierre qui servait au bornage des champs, protecteur des terres cultivées, vigile du seuil des demeures.

À peu près intacte, malgré un séjour souterrain de vingt siècles, faisant l’admiration des connaisseurs, il témoigne d’un art très achevé. Sculpture unanimement reconnue par les spécialistes de l’art antique comme une œuvre exceptionnelle, on peut dire un chef d’œuvre, de la sculpture gréco-romaine.

D’après les recherches de Daniel Brentchaloff, il s’agirait du nom générique d’une statue-borne, hermès, issue de la pure tradition hellénique, elle représenterait le dieu Pan, facile à identifier avec ses petites cornes qu’il porte en haut du front, ses oreilles pointues et les glandes figurées en relief sur son cou, (dieu des bergers et des troupeaux. Il devint, chez les poètes et les philosophes une des grandes divinités de la nature). L’autre personnage, à la barbe soigneusement peignée, est un dieu d’âge mûr à l’expression plus sage, c’est certainement Hermès le dieu Olympien, trahi par ses oreilles pointues pour s’être métamorphosé en bouc en s’unissant à Pénélope, (Identifié à Mercure. Il était le guide des voyageurs, le patron des marchands et des voleurs, le messager des dieux).

Exposé en France et au Japon, ce buste est longtemps resté au musée du Louvre avant de revenir à Fréjus en 2006. Il est visible aujourd’hui au musée archéologique et fait parti du logo de la ville.

L’étude de Daniel Brentchaloff et Antoine Hermary, publiée dans Monuments et Mémoires (Tome 78) par l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres, est « la » référence sur l’Hermès bicéphale de Fréjus.

Musée archéologique Hermès

Juillet 2016

SAINTE-MONIQUE

Lorsque l’on entre dans la Villa Aurélienne, au premier étage, nous attend une belle statue que l’on appelle Sainte-Monique. A l’origine elle n’était pas destinée à se trouver en ce lieu, ni même à représenter Sainte-Monique. Elle fut sculptée pour orner un monument funéraire à la gloire d’un Comte libertin, Omer de Valbelle, né en 1729 à Aix en Provence, Lieutenant-général de Provence. Les aléas de la révolution et de l’histoire l’on amené à Fréjus en même temps que d’autres statues destinées au même Mausolée étaient dispersées au quatre coin du Var.

Le Comte qui avait été très généreux à l’égard de la chartreuse de Montrieux dans le Var, estima qu’à sa mort il pourrait être enterré en ce lieu et émit le souhait d’y construire un mausolée à sa gloire. Il n’eut pas le temps de mener à bien son projet, il meurt en 1778. C’est sa mère qui décida de faire construire le mausolée et fit sculpter quatre statues dont celle qui nous intéresse. On a longtemps prétendu que les visages de ces statues étaient ceux des maîtresses du Comte.

Lors de la révolution le lieu fut dévasté et les statues dispersées. En 1822 le Préfet du Var les récupéra et les dirigea vers quatre lieux différents du Var :

« LA FORCE » au Palais de Justice de Draguignan,qui est aujourd’hui au Musée Municipal.

« SAINTE-MONIQUE » se retrouva transformée en fontaine, adossée à la grille de l’Évêché de Fréjus et fut dotée d’une cruche sous son bras, d’où l’eau pouvait couler en permanence. Déplacée en 1909 dans le jardin de la Villa Marie.

« LA PROVENCE » ornait une fontaine toulonnaise, place des pucelles, cela ne s’invente pas, elle est maintenant au Musée d’Art de Toulon.

« L’ESPÉRANCE » a abouti dans la grotte de Marie-Madeleine à la Sainte-Baume. Ce sont ses traits qui ont fait beaucoup parlés d’eux, il pourrait s’agir de ceux de Mademoiselle Clairon, célèbre actrice de la Comédie Française et maîtresse du Comte.

Ces quatre statues sont en marbre de carrare et furent réalisées par deux sculpteurs de notre région, Fossati et Chastel.

Classée au titre des Monuments Historique en 1913, elle a fait l’objet d’une restauration durant l’hiver 2008 – 2009, elle est aujourd’hui dans la Villa Aurélienne à Fréjus.

Chronique du guide conférencier

Juin 2016

(LES COLONNES ROMAINES DE FRÉJUS (Sortie ouest de Fréjus – RN7 – Direction Toulon)

Colonnes à tambour en marbre de Carrare, provenant du Golf de Saint-Tropez.

« Le Club alpin sous-marin de Cannes, avec MM. H.Broussard, R.Chaussebourg, J.Chervoz, etc…, a étudié une épave de blocs de marbre, échouée à 100 m, au nord du cimetière de Saint-Tropez, par 5 à 6 m de fond. Les « roues des meules », disaient les pêcheurs, qui avaient signalé ce gisement. Les plongées et les photographies sous-marines ont révélé qu’il s’agissait de tambours de colonnes, en marbre de Carrare, de dimension colossale.

Grâce à l’appui de la Direction des travaux maritimes de Toulon, treize blocs ont été remontés et déposés à Saint-Tropez en 1951.

Tambours de colonnes de 1,80 m de diamètre, base épannelées comportant une plinthe de 2,70 m de longueur, architrave de 5,50 m de longueur. L’épave appartient à un navire de commerce qui transportait les colonnes de Carrare à Narbonne, sans doute, ou les fouilles du XIXème siècle ont révélé la présence d’un temple colossale, tout en marbre, temple provincial d’Auguste, relevé après l’incendie de 149, et pas pour la Maison Carrée de Nîmes dont les pierres des colonnes proviennent de carrière à proximité du village de Fons.

Ces blocs constituent un intéressant document pour la connaissance des conditions de transport et de taille des matériaux. Épannelés à la carrière, ils étaient taillés sur le chantier.

240 tonnes de marbre ont été transportées de Saint-Tropez à Fréjus en 1968, les colonnes ayant été offertes à la Ville de Fréjus.

Colonnes Romaines

Mai 2016

« TRACES DE ROUE DE CHARIOT ROMAIN »

Si vous vous promenez du côté de la Porte des Gaules à Fréjus, vous découvrirez quelques vestiges de l’antique « Via Aurélia », mais surtout, en regardant bien, des « traces » de roue de chariot romain. L’invention de la roue remonterait à la seconde moitié du IV millénaire av.J.C., elle était pleine et en bois. Les roues à rayons et à jantes, apparaissent vers 2000 ans av.J.C.

Sous l’antiquité romaine, il existait deux types principaux de véhicules tractés. Un plus léger disposant de deux roues et l’autre avec quatre roues, voitures de voyage ou chariots de charge.

Peut-être n’avez-vous jamais entendu le récit suivant :

L’écartement des voies de chemin de fer est aujourd’hui de 1,435 m, mesure similaire à celle des voies de tramways à cheval, elle-même similaire à celle des chariots, qui était similaire à celle des roues romaines. Ainsi, par un hasard de l’histoire, l’écartement des voies ferrées est identique à celui des roues de chariots romains. Il convient de préciser que l’écartement des roues des chars romains n’était pas uniformisé, on le sait grâce à de nombreuses traces sur des routes romaines. Plus tard, au milieu du XVIe siècle, est apparu en France l’ancêtre du chemin de fer, il s’agissait de rails de bois sur lesquels circulaient des chariots hippomobiles.

Puis au début du XIXe siècle, le bois fut remplacé par du fer, puis de l’acier, donnant naissance au tramway hippomobile. La locomotive fit son apparition en Angleterre et grâce à l’ingénieur anglais George Stephenson et le développement de la locomotive à vapeur, le chemin de fer s’exporta dans le monde.

Les premières voies ferrées adoptèrent un écartement de 1,435 m, ce qui devint la « voie normale » et plusieurs pays s’en sont inspirés, elle représente aujourd’hui 60% des voies ferrées dans le monde. Cet écartement est similaire à celui des romains, pour la simple raison que la largeur des chevaux reste la même depuis deux millénaires et que c’est elle qui a été retenue pour l’écartement des roues de chariot.

Et que dire des réservoirs additionnels de la navette spatiale américaine, qui ne peuvent pas être plus grands, car la société qui les fabrique, les transporte par voie ferrée et de ce fait les réservoirs sont contraints à respecter l’écartement des rails, soit 1,435 m.

La navette spatiale américaine, moyen de déplacement le plus moderne à l’heur actuelle, à des fusées dont la taille fut standardisée par des fonctionnaires venant d’un autre continent, 2000 ans plus tôt, qui se basait sur la taille moyenne d’un cul de cheval…Etonnant non !

trace de roue de chariot romain

Avril 2016

L’ASSOMPTION DE LA VIERGE – XVIIème siècle

Ce magnifique tableau, vous le trouverez à l’entrée de la Cathédrale de Fréjus. Il est revenu récemment de restauration qui a été réalisée à Marseille par le CICRP en 2014. Il représente l’Assomption de Marie. Selon la tradition, c’est l’événement au cours duquel la Vierge Marie, au terme de sa vie terrestre, serait entrée directement dans la gloire du ciel. C’est une fête liturgique qui, dans l’église catholique, se célèbre le 15 août. On trouve également la représentation de deux évêques de Fréjus, Saint Léonce (400 ? – 433), premier évêque de Fréjus, en bas à gauche et Barthélémy Camelin (1599 – 1637), certainement le commanditaire du tableau, en bas à droite. Ce tableau est attribué à l’école d’Annibal Carrache. Toile très lâche, École Italienne (Venise ou Bologne), réalisé par plusieurs mains.

Annibal Carrache est né à Bologne en 1560 et mort à Rome en 1609. Rénovateur de la peinture italienne, se dégageant du maniérisme finissant. Il donna naissance à une nouvelle conception classique et naturaliste de la peinture, faisant définitivement basculer cet art dans le classicisme, qui devint l’une des grandes orientations de la peinture au XVIIème siècle. Il s’inspire du Concile de Trente qui milite pour un art religieux simple et direct, à fonction essentiellement didactique, à l’opposé du courant maniériste alors en vigueur. La fondation de « l’accademia degli incamminati » par les Carrache est un événement majeur pour l’art, dont la doctrine s’inscrit dans une recherche du beau idéal. L’école de peinture de Bologne ou de Venise, dont est attribué le tableau de la Cathédrale de Fréjus, reprendra les principes de cette académie, retour à l’étude de la nature, des grands Maîtres du passé et l’étude antique.

Annibal Carrache décorera entre autre, le Palais Farnèse à Rome, dont la célèbre galerie. Son corps repose au Panthéon de Rome.

Les chroniques du guide

Mars 2016

Hôtel des Quatre saisons – Rue du Général de Gaulle

Sur la façade de l’hôtel des quatre saisons, rue du général de Gaulle, une plaque vous indique que le pape Pie VII à passé, ici, la nuit du 6 au 7 août 1809. Comment ce Pape est arrivée là et pourquoi ? Cela, elle ne le vous dit pas !

Barnaba Niccolo’ Maria Luigi Chiramonti est élu Pape le 14 mars 1800 et prend le nom de Pie VII. En 1806 il refuse le blocus continental contre l’Angleterre, que lui impose Napoléon 1er, considérant que sa charge de pasteur universel lui impose la neutralité. La répression impériale ne se fait pas attendre et va crescendo jusqu’à occuper militairement Rome en 1808. Les États pontificaux sont annexés à l’Empire en 1809.

Pie VII répond le 11 juin 1809 par une bulle d’excommunication Quum memoranda, qui excommunie tous ceux qui avaient « donné l’ordre, tous les fauteurs, conseillers et adhérents, tous ceux enfin qui avaient facilité l’exécution » de la violation de la souveraineté politique du Saint Siège, mais le nom de Napoléon n’était cité à aucun endroit du texte. Napoléon reçu quelques jours plus tard, une notification de son excommunication.

Sur son refus de renoncer à la souveraineté temporelle des États de l’église, le Général Radet enlève Pie VII dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809 et le conduit à la Chartreuse de Florence, puis à Alexandrie et ensuite à Grenoble par le mont Cenis. Il y séjournera jusqu’au 2 août. Des ordres venus de Vienne, prescrivent de la ramener en Italie et de le conduire à Savonne dans la province de Gênes, lieu fixé pour sa résidence. L’officier chargé de l’expédition est invité à prendre, pour ce retour, la route de la vallée du Rhône et de la Provence . Pie VII arrive à Fréjus le 6 août 1809 dans l’Hôtel tenu par Monsieur Jourdan dans la belle maison, appelée « Hôtel des quatre saisons », construite au XVIIIe siècle par Monsieur de Suffret, Lieutenant d’Amirauté.

Il sera transféré à Fontainebleau, secrètement en 1812. Le 23 janvier 1814, il quitte Fontainebleau et prend la direction de ses États, lui ayants été restitués ; Il séjournera à Fréjus de nouveau du 6 au 7 février 1814.

chronique

 

Fevrier 2016

HÔTEL DE LA POSTE – Rue du Général de Gaulle

En vous promenant dans la rue du Général de Gaulle, vous serez surpris d’apercevoir une plaque relatant le passage de Napoléon 1er, à l’hôtel de la Poste, mais ce que ne vous dit pas cette plaque, c’est que cet hôtel, appelé également Hôtel Pascal, car appartenant à la famille Pascal, Maître de Poste, vit arrivé devant sa porte le 10 octobre 1839, un voyageur un peu particulier en la personne de Victor Hugo.

Le voyage occupe une grande place dans sa vie et Fréjus est une étape importante lors de son voyage dans le midi de la France en 1839. Il parle de ce voyage dans France-Belgique – Alpes et Pyrénées.

Ce qui l’amène ce jour là devant la porte de cet hôtel c’est la fascination que lui procure la figure de Napoléon1er, dont il a souvent montré la valeur épique, pour mieux l’opposer à la faiblesse de Napoléon III.

C’est un véritable pèlerinage que Victor Hugo réalise sur les traces de Napoléon. Cette épopée a été l’une des sources du mouvement romantique.

Il écrira dans : « En voyages » Midi de la France 1839 :

« Je suis allé voir à l’hôtel de la poste la chambre où l’empereur a couché la veille de son embarquement à Saint-Raphaël le 26 avril 1814 »

Il dira de Fréjus que « c’est à travers les ruines de Rome que je voyais la chute de Napoléon ».

Puis plus loin il ajoute qu’il « ne pouvait passer qu’une heure à Fréjus ». Il décrit la chambre et dit « Il y avait au lit ainsi qu’à la chambre une tenture de Damas que les anglais qui passent à Fréjus, me dit l’hôte, ont déchiquetée pieusement et emportée miette à miette ».

On apprend également que les généraux Bertrand et Drouot étaient présents.

Les chroniques du guide conférencier

 

Pour découvrir plus en détail tous les secrets de la ville de Fréjus, nous vous invitons à consulter le catalogue de nos visites guidées animées par Philippe Cantarel.

Visites guidées

 

 

Philippe cantarel Histoire de fréju

Philippe Cantarel, guide conférencier de l’Office de Tourisme de Fréjus