Les Chroniques du guide conférencier

Tous les mois retrouvez une anecdote, un fait insolite, par Philippe Cantarel, le guide conférencier de l’Office de Tourisme. Grâce à lui, vous traverserez les deux mille ans d’Histoire fréjusiens différemment.

Mai 2017

MAIS QUI A FAIT CONSTRUIRE LA VILLA AURELIENNE ?

 En consultant le premier registre de la matrice cadastrale de Fréjus, (C443), on découvre qu’un Monsieur Crossman James, a fait construire dans le quartier du « Raton », une villa. Construction achevée en 1889, il s’agit du château Aurélien. Deux inscriptions gravées sur le petit pont situé en-dessous de la villa nous donnent des renseignements supplémentaires :

J.H.C./A.D./1889

« J.H.C. » seraient les initiales du maître d’ouvrage (JH Crossman) et « AD » pour Anno Domini » ;

De l’autre côté du pont, il y a une autre inscription « IN CRUCE SPES MEA », devise signifiant, « dans cette croix je mets mon espoir ». Dans un armorial publié en Angleterre en 1889, on apprend que cette devise était celle de Sir William Crossman, qui avait un frère James Hiscutt Crossman, autorisé à utiliser ses armoiries et devise. C’est bien lui qui a fait la villa, appelée « Château Aurélien » au moment de sa construction. Héritier d’un riche brasseur londonien, la brasserie Mann, Crossman & Paulin Ltd, était alors une des plus importantes d’Angleterre. En 1889 il eut l’idée de construire ce château sur la Côte d’Azur. Le Château Aurélien est une construction prestigieuse réalisée par l’architecte Henri Lacreusette, né à Marseille, à qui l’on doit les villas, Grands Louvans et la Cigale à Saint-Aygulf, ainsi que la Chapelle de Saint-Aygulf et beaucoup d’autres villas à Saint-Raphaël, Sainte-Maxime etc., etc.

Avec ses 79 ouvertures imposables indiquées au cadastre, c’était sans doute la plus grande villa de Fréjus-Saint-Raphaël.

James Hiscutt Crossman accumule les emprunts et dut bientôt mettre le château en vente. Il a été acheté par Madame Lepel-Cointet en 1892, veuve de Marc Lepel-Cointet, agent de change à Paris, fils d’un collectionneur de tableaux et d’œuvres d’art dont il avait enrichi la collection.

Madame Lepel-Cointet qui menait une vie mondaine, reçu dans son château le « tout Paris de la Côte d’Azur », dont André Gide en 1897. Elle aussi vivait largement au-dessus de ses moyens et dut vendre la villa en 1905. Acheté par Henri Félix Gourio de Refuge, qui prendra le titre de Marquis en 1901, au décès de son père.

Le 8 juillet 1913, le Figaro publie dans la rubrique des publications judiciaires l’annonce de la vente aux enchères publiques par autorité de justice sur saisie immobilière du Château Aurélien. La vente a eu lieu le 7 août 1913, c’est Charles de Cambefort qui l’achète, il est banquier à Paris, marié à Suzanne de witt. Le château devient « La Villa Aurélienne ». Charles décède en 1919 et au décès de son épouse en 1934, la villa revient à leur deux filles, Germaine et Henriette, qui est l’épouse de Pierre Schweisguth, banquier. Leur fille épouse en 1932 Maurice Couve de Murville qui sera ministre des affaires étrangères, de l’économie et des finances, premier ministre, député et sénateur. La villa devient la propriété de la seule Henriette, en 1940.

Le domaine devient la propriété de la Ville de Fréjus en 1988 et le parc fait actuellement 24 hectares.

Il n’y a que deux villas de style Palladien en France, la Villa Aurélienne et le château de Syam dans le Jura. (Palladio -1508 – 1580, architecte de la Renaissance italienne. Il est l’auteur d’un traité, intitulé, « Les quatre livres de l’architecture »). La façade rappelle le Palazzo Chiericati construit par Andrea Palladio à Vincenza en Italie. Résidence urbaine de la Renaissance en Vénétie. L’influence Palladienne est partout, notamment sur cette façade antérieure et le motif de baies cintrées et rectangulaires, appelées serliennes.

Rénovée en 1994, les vitraux sont dus au maître verrier Ducatez de Salerne, la Villa Aurélienne est à présent un lieu de réceptions officielles et un lieu de culture dynamique. Elle couvrait 1700 m2 habitable. Les pièces du rez-de chaussée et de l’étage s’organisent autour d’une cours à péristyle couverte d’une verrière. Les pièces de réception, notamment le salon avec alcôve, se situent côté sud ouvrant sur la terrasse et le jardin, l’office est relégué au nord et au sous-sol, comme les pièces du personnel.

Sols de marbre noir, marqueteries de bois fruitiers, moulures et cheminées de marbre, grand escalier…

Dans le parc se perçoivent toujours les balustrades des promontoires, les ponts et miroir d’eau, ainsi que trois édicules d’inspiration orientale. On y trouve également des vestiges de l’aqueduc romain du 1er siècle ap.JC. La villa et son parc sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1989. Complétant la protection du parc en tant que site naturel (en1964 et 1966).

Villa Aurélienne

(Merci à Madame Martine Alison pour son travail de recherche publié dans le Bulletin de la Société d’Histoire de Fréjus et de sa région – N°13 – 2012).

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Pour découvrir plus en détail tous les secrets de la ville de Fréjus, nous vous invitons à consulter le catalogue de nos visites guidées animées par Philippe Cantarel.

Visites guidées

 

 

Philippe cantarel Histoire de fréju

Philippe Cantarel, guide conférencier de l’Office de Tourisme de Fréjus